Youssou Dabo : “la Fédération manque du respect aux joueurs et aux entraîneurs”

Les techniciens écartés de la réunion du comité d’urgence de la FSF : Youssouph Dabo assène ses vérités.

Au cours d’un entretien téléphonique avec nos confrères du journal Stade, Youssouph Dabo, entraîneur de Teungueth FC, leader de Ligue 1, a avoué que les techniciens n’ont jamais été associés au débat. Ce qu’il considère comme un manque de respect pour les joueurs et les coachs, principaux acteurs du football.

Entretien.

Coach, comment vivez vous l’arrêt des compétitions depuis presque deux mois ?

Je le vis tranquillement et sereinement en profitant de ma famille et en révisant aussi pour m’améliorer dans mon travail. J’ai des enfants de bas âge qui ont plus que besoin de ma présence et c’est vrai que, avec l’emploi du temps que j’avais (club et sélection), je ne les voyais pas assez. Je profite aussi de cette période pour faire des choses que je n’avais pas le temps de faire comme il se doit.

Qu’est-ce qui vous manque le plus, l’entraînement qui vous permet d’enseigner aux joueurs votre philosophie de jeu ou l’adrénaline durant les matchs ?

Les deux situations me manquent. J’aime être sur le terrain avec mes joueurs et mon staff, proposer des situations à travailler pour notre progression individuelle et collective. L’adrénaline des matchs aussi me manque. Je suis compétiteur et, forcément, le fait d’être privé de cette épreuve me cause un manque. Mais, je reste positif aussi parce que la santé est prioritaire sur toute activité.

Avant l’arrêt des compétitions, votre équipe était sur un nuage en L1, avec 10 victoires en 13 matchs et 12 points de plus que le 2ème, Jaraaf. Craignez-vous que cette dynamique soit complètement cassée si la saison venait à rependre ?

C’est vrai que nous avons fait une très bonne phase aller avec les résultats obtenus et une différence de 12 points sur le Jaraaf et l’AS Douane, qui sont à égalité de points. Maintenant, pour la continuité de cette dynamique, je n’ai pas de crainte ni de pression. Nous aurons peut-être des matchs plus difficiles mais à nous de montrer que nous avons les épaules pour porter notre ambition.

Justement en parlant de reprise, le comité d’urgence de la FSF se réunit ce mercredi matin afin de décider de la suite à donner aux championnats locaux. Qu’en pensez-vous ? Les dirigeants ont-ils recueillis les avis des joueurs ou des techniciens comme en Angleterre ou en Italie, par exemple ?

Pour la suite à donner au championnat, j’ai constaté un vrai manque de considération et de respect envers les joueurs et les coachs. Jusque-là, personne n’a pensé à nous associer dans les discussions pour les décisions à prendre. Pourtant, nous sommes les principaux acteurs de cette discipline. Les présidents sont présidents parce qu’il y a des joueurs et des coachs qui assurent le spectacle les week-ends. La preuve, certains d’entre eux disent qu’ils ne peuvent pas payer les joueurs et coachs parce qu’il n’y a pas de rentrée d’argent. Et pourquoi il n’y a pas de rentrée d’argent ? Parce que les acteurs principaux ne peuvent plus exercer. Aucun sponsor ne donne de l’argent pour les beaux yeux d’un président ; aucun spectateur ne paye son billet pour venir voir un président au stade. Donc, ils doivent savoir que les joueurs et coachs méritent plus de respect et de considération. Quand je vois qu’un des responsables du football propose d’associer les journalistes sportifs aux prises de décision pour la suite à donner à la saison et occulter les principaux acteurs, je me dis qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans ce football. Leur attitude envers nous, c’est : «taisez-vous et faites ce que l’on décide parce que nous vous payons». Nous sommes aussi responsables de la situation. Si les coachs et les joueurs avaient un syndicat digne de ce nom, on aurait eu plus de respect et de considération. Mais chacun (joueurs et coachs) est dans son coin pour défendre ses petits intérêts avec l’argent que certains présidents nous donnent en période de vaches maigres. Comme le dit l’adage «Oudé nimou la guissé la lay oweulé». En Angleterre ou en Italie, les dirigeants sont conscients qu’ils n’existent pas sans les acteurs principaux, donc ils leur donnent leur valeur.

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